Un trésor comme noyau
Il fut un temps où j’avais pour noyau un trésor,
et il faisait de chacune de mes journées une célébration.
Nul besoin de l’approbation des autres à cette époque-là.
Je vivais confiante en moi-même.
Pourtant, les adultes de mon entourage
ayant subi un certain traitement,
ils commencèrent de me le faire subir à mon tour,
afin de me modeler à leur image.
L’état de dépendance dans lequel je me trouvais
en ces temps de la petite enfance,
m’obligea à faire de plus en plus d’entorses à ce que j’étais.
J’en vins même à avoir honte de ce trésor
qui autrefois faisait ma richesse,
le voyant si indigne aux yeux des autres.
C’est ainsi que je commençai de secréter
une petite carapace autour de ce noyau devenu ma honte.
Plus le temps avançait,
plus je m’identifiais à cette carapace.
Je la protégeais, la raffinais, la polissais
du mieux que je le pouvais.
Je la voulais solide aux yeux de tous,
mais elle demeurait fragile malgré mes soins.
Et je vivais dans la peur.
La peur qu’elle ne se fissure
et ne montre qu’il n’y avait rien derrière,
rien à part un petit noyau indigne.
Kea

Heureuse de retrouver tes messages, Kea, ainsi que les commentaires subtils des fidèles de ton blog.
Ah! voilà que je m’attache, d’autant plus que j’attends la suite de la saga … Mais il est si doux de s’attacher à ce qui véhicule un amour profond et véritable …
Une belle surprise que ta visite chère Francine.
Sans doute la difficulté se situe-t’elle au niveau de l’objet de l’attachement plutôt que dans l’attachement lui-même. L’attachement au transitoire débouche inévitablement sur la souffrance; alors que l’attachement au permanent, pour ceux qui ont découvert l’existence de cette dimension, est le secret de la liberté authentique.
À bientôt, kea
Merci Kea pour cet éclairage.
La carapace dont tu parles me fait penser à ce que j’ai entendu il n’y a pas longtemps : mon vase est plein de trous et j’essaie depuis si longtemps de colmater les trous mais l’eau fuit toujours. Nous sommes devenus de grands colmateurs de trous…
Pourtant, le but n’est pas d’avoir un vase vide, ni de colmater les trous.
Que faire : “Augmenter le rythme, le débit de l’eau qui se déverse dans le vase pour qu’il soit plus important que celui qui fuit et le montez suffisamment pour que le vase déborde”.
Quand j’ai entendu cela, une image est montée en moi, j’ai vu la possibilité que mon vase déborde et une joie immense s’est emparée de moi.
Pour augmenter le débit de l’eau, il faut savoir où se trouve le robinet en premier lieu. Moi j’ai essayé toutes sortes de robinets et c’était plus du vent que de l’eau qui en sortait, laissant mon vase percé tout à fait vide. Lorsqu’on trouve enfin le robinet, il faut ensuite y puiser tous les jours et ça demande de la détermination et une soif intense parce que tout nous incite à quémander un peu d’eau à celui-ci et celui-là plutôt que de boire directement à cette source qui coule au centre de Soi.
Merci Marie de ton commentaire si inspirant.
Merci pour ce texte remarquable. par avoir trop pratiquée l’exégèse je n’aime pas commenter longuement ce qui m’apparait comme excellent en soi même. Je te dis donc simplement merci et j’attends la suite…
Il est des sujets qu’il vaut mieux laisser entrer par la porte du coeur, et dont l’analyse diminue la compréhension plutôt que ne l’augmente.
Merci de ton commentaire qui me fait très plaisir Ariaga, toi qui écris de façon si unique et talentueuse.